Décryptage du 12 juin 2026Marché
Marché carbone européen : prix du CO2, MACF et report de l'ETS2 à 2028, ce qui change en 2026
Le marché carbone européen est entré en 2026 dans une phase de durcissement qui rebat les cartes pour l'industrie comme pour les importateurs. Prix du CO2 proche de son record, taxe carbone aux frontières devenue payante, second marché reporté à 2028 : voici les repères pour comprendre un calendrier mouvant.
Un prix du CO2 qui se stabilise dans un tunnel haut
Le SEQE-UE, aussi appelé EU ETS, reste la colonne vertébrale de la politique climatique européenne. Il couvre l'industrie lourde, la production d'électricité et l'aviation intra-UE en plafonnant les émissions et en obligeant les installations concernées à acheter des quotas pour chaque tonne de CO2 rejetée.
Au premier semestre 2026, le signal-prix s'est nettement renforcé. La tonne a touché un record d'environ 88,31 euros le 7 janvier 2026, avant une correction. Le prix s'est ensuite stabilisé dans un tunnel de 70 à 80 euros, autour de 76,47 euros fin avril 2026. Ce niveau élevé et durable change la rentabilité relative des investissements de décarbonation : plus la tonne coûte cher, plus l'électrification, l'efficacité énergétique ou l'acier bas-carbone deviennent compétitifs face au statu quo.
Une révision réglementaire de l'EU ETS est attendue au troisième trimestre 2026. Elle pourrait ajuster le rythme de réduction des quotas et peser à nouveau sur les anticipations de prix. Pour mieux comprendre la mesure des émissions concernées, notre dossier sur l'empreinte carbone apporte des repères utiles.
Le MACF entre dans sa phase payante
Le mécanisme d'ajustement carbone aux frontières, le MACF ou CBAM, est entré dans sa phase définitive et payante le 1er janvier 2026. Son principe : faire payer aux importateurs un prix du carbone équivalent à celui supporté par les producteurs européens, afin d'éviter que la production ne se délocalise vers des pays moins exigeants. Six secteurs sont visés : acier, aluminium, ciment, engrais azotés, hydrogène et électricité.
Le prix du certificat MACF de référence s'établit à 75,36 euros par tonne de CO2 équivalent au premier trimestre 2026, en cohérence avec le marché EU ETS. Un seuil de minimis exempte les importateurs sous 50 tonnes cumulées par an pour l'acier, l'aluminium, le ciment et les engrais. En revanche, aucune exemption de seuil ne s'applique à l'électricité ni à l'hydrogène.
Côté obligations, les importateurs doivent obtenir le statut de déclarant MACF autorisé. La date butoir transitoire du 31 mars 2026 permettait de continuer à importer pendant l'instruction de la demande. La déclaration annuelle et la restitution des certificats interviennent en septembre de l'année suivant l'importation. À partir de 2027, les entreprises devront détenir trimestriellement des certificats couvrant au moins 50 pour cent de leurs émissions importées. Une extension du dispositif à environ 180 produits aval supplémentaires est prévue à compter de janvier 2028.
ETS2 reporté de 2027 à 2028
C'est le point d'actualité le plus souvent mal compris. Le second marché carbone, l'ETS2, qui doit couvrir le bâtiment, le transport routier et les petites industries, n'entrera pas en vigueur en 2027 comme prévu initialement. Le Conseil Environnement des 4 et 5 novembre 2025 a décidé de le reporter à 2028, sous la pression de la Pologne et de plusieurs pays d'Europe de l'Est inquiets de l'impact social sur les ménages et les automobilistes.
Concrètement, la première restitution de quotas est désormais fixée au 31 mai 2029, au titre des émissions 2028. L'ETS2 disposera d'un garde-fou de prix : des quotas supplémentaires seront libérés via la réserve de stabilité si le prix dépasse 45 euros en valeur 2020 ou augmente trop vite. Le prix attendu au démarrage est estimé autour de 45 euros par tonne.
Ce report a un double effet. Il laisse davantage de temps aux acteurs du bâtiment et de la mobilité pour anticiper, mais il retarde aussi le signal-prix sur ces secteurs très émetteurs. Pour les ménages, le sujet rejoint directement les enjeux de chauffage et de rénovation traités dans notre rubrique gestion énergétique.
Ce que cela change pour les entreprises
Pour les importateurs d'acier, d'aluminium, de ciment ou d'engrais, la priorité de 2026 est administrative et financière à la fois : vérifier si le seuil de 50 tonnes est franchi, sécuriser le statut de déclarant autorisé, calculer les émissions incorporées des produits importés et budgéter l'achat de certificats. La fiabilité des données primaires, côté fournisseurs européens comme côté exportateurs hors UE, devient un enjeu central de conformité.
Pour les industriels couverts par l'EU ETS, un prix durable de 70 à 80 euros la tonne renforce l'argument économique des solutions bas-carbone. L'électrification des procédés, l'efficacité énergétique, l'hydrogène bas-carbone et les matériaux décarbonés gagnent en rentabilité relative à mesure que le coût de l'inaction monte. Les démarches d'économie circulaire et de réduction à la source participent de la même logique de baisse des émissions.
Le calendrier reste toutefois mouvant : report de l'ETS2 à 2028, simplification du MACF votée par le Parlement, révision de l'EU ETS attendue au troisième trimestre 2026. Mieux vaut bâtir des hypothèses paramétrables et assurer une veille réglementaire active plutôt que de figer des prix ou des dates. Les entreprises proposant des solutions de mesure, de conformité ou de décarbonation peuvent faire connaître leur offre via notre page annonceurs.
Autres décryptages
Décryptage du 11 juin 2026
MACF / CBAM : le guide pratique de la taxe carbone aux frontières en 2026
Depuis le 1er janvier 2026, importer de l'acier, de l'aluminium ou du ciment dans l'Union européenne ne relève plus seulement de la logistique : c'est devenu une affaire de carbone. Le…
Réglementation
5 min
Décryptage du 29 avril 2026
BEGES : qui doit publier son bilan carbone réglementaire en 2026, et pourquoi le faire même sans obligation
Quantifier ses émissions de gaz à effet de serre n'est plus une démarche volontaire pour les grandes organisations françaises. Depuis le décret de 2022 et la loi Industrie Verte, le…
Réglementation
4 min
Décryptage du 28 mai 2026
Taxonomie verte européenne : le mode d'emploi des startups climat pour accéder à la finance durable
Quand un fonds vert, une banque ou un émetteur d'obligations décide où placer ses capitaux, il s'appuie sur une grille commune définie à l'échelle de l'Union. Cette grille porte un nom…
Réglementation
6 min