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Énergie nucléaire : bonne ou mauvaise solution ?

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18 octobre 2026

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La rédaction de Tous Colibris

L’énergie nucléaire est depuis longtemps un sujet de débat passionné. Cet article fait le tour de ses avantages et de ses inconvénients, chiffres des organismes publics et scientifiques à l’appui.

Avantages de l’énergie nucléaire

Des émissions de CO2 faibles

Une centrale nucléaire ne brûle pas de combustible fossile. Sur l’ensemble de son cycle de vie, construction et combustible compris, le GIEC retient une valeur médiane de 12 g d’équivalent CO2 par kilowattheure pour le nucléaire, du même ordre que l’éolien terrestre (11 g), contre 490 g pour une centrale au gaz à cycle combiné et 820 g pour une centrale au charbon (cinquième rapport d’évaluation, 2014). Le bilan carbone du nucléaire est donc parmi les plus bas des moyens de production d’électricité.

Une production pilotable

Contrairement à l’éolien et au solaire, la production d’une centrale nucléaire ne dépend ni du vent ni de l’ensoleillement : elle est pilotable. Elle n’échappe pas pour autant à la météo. En période de canicule, l’eau des rivières qui refroidit les réacteurs se réchauffe, et les limites fixées aux rejets d’eau chaude peuvent obliger EDF à réduire la puissance des réacteurs, voire à les arrêter. L’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) l’a rappelé le 11 juillet 2026 pour la centrale du Bugey, sur le Rhône.

Un coût de construction élevé

Construire une centrale coûte cher, et les chantiers récents ont dérapé. Dans son rapport du 14 janvier 2025 sur la filière EPR, la Cour des comptes relève « une dérive systématique des calendriers et des coûts » : chantier de Flamanville 3, dysfonctionnements techniques aux impacts financiers importants sur les EPR de Taishan en Chine et d’Olkiluoto en Finlande, forte hausse des coûts à Hinkley Point au Royaume-Uni. Pour les nouveaux réacteurs EPR 2 annoncés en février 2022, elle note que la rentabilité du programme reste à ce jour inconnue, faute de devis abouti et de plan de financement arrêté.

Un combustible entièrement importé

Reste la question de l’approvisionnement. Selon l’Andra, il ne subsiste aucune mine d’uranium ouverte en France, et la totalité de l’uranium provient de l’étranger. Ceci dit, la question de la dépendance se pose également pour le pétrole, le gaz et le charbon.

Inconvénients de l’énergie nucléaire

Le risque d’accident grave

Le principal inconvénient de l’énergie nucléaire est le risque d’accident grave. Rare, il peut avoir des conséquences très lourdes. À Tchernobyl, le 26 avril 1986, le réacteur a été détruit. Selon le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des effets des rayonnements ionisants (UNSCEAR), l’accident a causé en quelques semaines la mort de 30 travailleurs ; environ 115 000 personnes ont été évacuées en 1986, puis environ 220 000 relogées. Jusqu’en 2005, plus de 6 000 cancers de la thyroïde avaient été recensés en Biélorussie, en Russie et en Ukraine chez des personnes exposées enfants ou adolescents, dont beaucoup sont très probablement dus aux rayonnements reçus peu après l’accident.

À Fukushima Daiichi, le 11 mars 2011, la centrale a été gravement endommagée par le séisme et le tsunami, et des dizaines de milliers de personnes ont été évacuées. Dans son rapport 2020/2021, l’UNSCEAR conclut qu’aucun effet néfaste sur la santé des habitants directement attribuable aux rayonnements n’a été documenté, et que de futurs effets sont peu susceptibles d’être détectables ; il attribue la forte hausse des cancers de la thyroïde détectés chez les enfants au dépistage intensif par échographie. Dans les deux cas, l’accident a provoqué de profonds bouleversements sociaux, psychologiques et économiques.

Des déchets radioactifs à gérer sur des centaines de milliers d’années

Fin 2024, la France comptait environ 1,89 million de mètres cubes de déchets radioactifs, toutes origines confondues, selon l’Andra. Les plus dangereux sont les 4 720 m³ de déchets de haute activité et les 35 500 m³ de déchets de moyenne activité à vie longue, issus pour l’essentiel du retraitement des combustibles usés : leur durée de vie va jusqu’à plusieurs centaines de milliers d’années. Ils sont entreposés sur leurs sites de production, en attendant Cigéo, le projet de centre de stockage en couche géologique profonde.

Le projet avance lentement. L’Andra a déposé sa demande d’autorisation de création en janvier 2023 ; l’ASNR a rendu son avis le 4 décembre 2025, l’enquête publique est prévue au second semestre 2026, et le décret d’autorisation pourrait être délivré fin 2027 ou début 2028, pour une mise en service visée en 2050. Son coût et son acceptation par les habitants restent débattus : qui a envie d’habiter près d’un site de stockage ?

Le risque de prolifération

L’énergie nucléaire soulève aussi des questions de sécurité internationale : les matières et les technologies du nucléaire civil peuvent être détournées à des fins militaires. C’est pour le prévenir que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) applique ses garanties, un ensemble de contrôles techniques par lesquels elle vérifie de façon indépendante que les installations ne sont pas détournées et que les matières nucléaires restent à des usages pacifiques. Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) oblige chaque État non doté de l’arme nucléaire à conclure un accord de garanties avec l’AIEA.

Effets sur la santé et l’environnement

Exposition aux radiations

Les effets des rayonnements ionisants dépendent de la dose. Selon l’Organisation mondiale de la santé (aide-mémoire du 27 juillet 2023), un syndrome d’irradiation aiguë peut apparaître au-delà d’environ 1 000 millisieverts (mSv). Les études épidémiologiques montrent une hausse du risque de cancer au-delà de 100 mSv, un effet qui peut se manifester des années, voire des décennies plus tard. Chez le fœtus, une dose aiguë de plus de 100 mSv entre la 8e et la 15e semaine de grossesse peut endommager le cerveau.

En fonctionnement normal, les doses dues aux centrales sont bien plus faibles. D’après l’IRSN (bilan 2014-2019, publié en juin 2021), les rejets autorisés d’une installation nucléaire exposent les personnes qui vivent à moins de 10 km du site à une dose de 0,001 à 0,01 mSv par an selon le site. La limite réglementaire pour le public est de 1 mSv par an, et un habitant reçoit en moyenne 4,5 mSv par an, d’abord du fait de l’imagerie médicale (34 %) et du radon (33 %). Après Fukushima, l’UNSCEAR n’a trouvé aucune preuve crédible d’un excès de malformations à la naissance lié aux rayonnements.

Impact sur la biodiversité et les écosystèmes

Les centrales ont aussi un impact sur les milieux aquatiques. En 2022, le refroidissement des centrales électriques a représenté 45 % des 29,3 milliards de mètres cubes d’eau douce prélevés en France, hors hydroélectricité ; 83 % de ces prélèvements ont été faits par trois centrales nucléaires à circuit ouvert, le Bugey, Saint-Alban et le Tricastin. Plus de 95 % de cette eau est rendue au milieu naturel, mais plus chaude (SDES, mars 2025).

Ces rejets thermiques sont donc encadrés : les prescriptions de l’ASNR fixent aux centrales une température maximale de rejet et un échauffement maximal de la rivière entre l’amont et l’aval. Quand elle les assouplit temporairement en période de canicule pour la sécurité du réseau électrique, comme au Bugey en juillet 2026, elle impose une surveillance renforcée de l’écosystème aquatique, en particulier des poissons.

Alors l’atome, bonne ou mauvaise idée ?

Le choix est donc cornélien : l’énergie nucléaire émet peu de gaz à effet de serre et produit de façon pilotable, mais elle expose à un risque d’accident rare et grave, laisse des déchets à gérer sur des centaines de milliers d’années, dépend d’un uranium importé et coûte cher à construire.

Peut-on s’en passer ? Dans ses « Futurs énergétiques 2050 » (principaux résultats publiés le 25 octobre 2021), RTE, le gestionnaire du réseau de transport d’électricité, estime que la consommation d’énergie va baisser mais que celle d’électricité va augmenter pour remplacer les énergies fossiles, et que la neutralité carbone est impossible sans un développement significatif des énergies renouvelables. Se passer de nouveaux réacteurs supposerait de développer les renouvelables plus vite que les pays européens les plus dynamiques, et les scénarios qui tendent vers 100 % renouvelables reposent sur des paris technologiques lourds. RTE juge par ailleurs la construction de nouveaux réacteurs pertinente du point de vue économique. Une mise à jour de l’étude, soumise à consultation publique depuis le 3 avril 2026, est attendue fin 2026.

Pour vos propres besoins en énergie, le premier levier reste la sobriété, puis le choix de son contrat : voir notre guide pour choisir un fournisseur d’électricité verte.

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