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Article du 21 juin 2024Alimentation raisonnée

Les pesticides : dangereux pour nos jardins et nos assiettes

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5 min

Publié

21 juin 2024

Révisé

17 octobre 2026

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La rédaction de Tous Colibris

Destinés à protéger les cultures contre les maladies, les herbes indésirables et les insectes ravageurs, les pesticides sont employés dans les champs, dans les jardins et jusque dans les maisons. Que sait-on de leurs effets sur la santé et sur l’environnement, et que peut encore utiliser un particulier dans son jardin ? Ce point s’appuie sur l’expertise collective de l’Inserm, sur les agences sanitaires et sur la réglementation en vigueur, toutes citées en fin d’article.

Qu’est-ce qu’un pesticide ?

Selon l’Inserm, les pesticides regroupent l’ensemble des produits utilisés pour lutter contre les espèces végétales indésirables et les organismes jugés nuisibles. On les classe selon leur cible :

  • Les herbicides éliminent les plantes qui concurrencent les cultures pour l’eau, la lumière et les nutriments. Le plus connu est le glyphosate.
  • Les insecticides visent les insectes qui abîment les cultures, comme les pucerons. Certaines familles, comme les pyréthrinoïdes, servent aussi à la maison, relève l’Inserm.
  • Les fongicides préviennent ou traitent les maladies dues à des champignons, comme le mildiou de la vigne.

Un produit du commerce associe une ou plusieurs substances actives à d’autres composants, qui améliorent par exemple son adhérence sur les feuilles.

Les effets sur la santé : ce qu’établit la recherche

Intoxications aiguës

Le contact direct avec un produit, en le préparant ou en l’appliquant, ou le travail dans une culture traitée peut provoquer des symptômes. Parmi ceux que recense Phyt’attitude, le dispositif de la Mutualité sociale agricole qui suit les intoxications liées à ces produits : troubles digestifs, troubles ORL, oculaires et respiratoires, troubles neurologiques comme les maux de tête, lésions de la peau. Ils peuvent apparaître tout de suite ou quelques heures plus tard. Le port de gants et de vêtements adaptés peut limiter cette exposition. En cas d’intoxication, contactez votre médecin ou un centre antipoison.

Effets à long terme

En 2021, l’Inserm a publié une expertise collective qui fait le point sur les études disponibles. Pour les personnes exposées dans leur travail, notamment les agriculteurs, elle conclut à une présomption forte de lien entre l’exposition aux pesticides et six pathologies : les lymphomes non hodgkiniens, le myélome multiple, le cancer de la prostate, la maladie de Parkinson, les troubles cognitifs, ainsi que la bronchopneumopathie chronique obstructive et la bronchite chronique.

Pour les enfants, l’expertise retient une présomption forte de lien entre l’exposition aux pesticides de la mère pendant la grossesse (au travail ou par une utilisation domestique), ou celle de l’enfant, et certains cancers, en particulier les leucémies et les tumeurs du système nerveux central. Elle conclut aussi à une présomption forte entre certaines familles d’insecticides, notamment les organophosphorés et les pyréthrinoïdes, et des troubles du développement neuropsychologique et moteur de l’enfant.

Pour le glyphosate, l’Inserm conclut à un risque accru de lymphome non hodgkinien, avec une présomption moyenne de lien. Les riverains des zones agricoles peuvent eux aussi être exposés, par la dérive des produits épandus.

Les effets sur l’environnement

Un pesticide n’agit pas seulement sur sa cible : une fois épandu, il peut atteindre le sol, l’eau et l’air, et toucher des organismes qu’il ne visait pas. Les pollinisateurs en sont l’exemple le plus étudié. En 2018, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a confirmé que la plupart des usages de trois insecticides néonicotinoïdes, la clothianidine, l’imidaclopride et le thiaméthoxame, présentent un risque pour les abeilles domestiques et sauvages.

« Bio » ne veut pas dire sans danger

Une substance d’origine naturelle n’est pas inoffensive par principe. Les composés du cuivre, dont fait partie la bouillie bordelaise, en donnent un exemple : en 2018, l’Union européenne a renouvelé leur approbation en les rangeant parmi les « substances dont on envisage la substitution », avec un plafond de 28 kg de cuivre par hectare sur sept ans. Et parmi les produits utilisables en agriculture biologique, seuls ceux qui ne portent pas certaines mentions de danger sont permis aux jardiniers amateurs.

Au jardin : ce que la loi autorise depuis 2019

Depuis le 1er janvier 2019, la loi Labbé interdit aux particuliers d’acheter, d’utiliser et de stocker des produits phytopharmaceutiques de synthèse dans les jardins, potagers, balcons, terrasses et plantes d’intérieur. Restent autorisés les produits portant la mention « emploi autorisé dans les jardins » (EAJ) : produits de biocontrôle, produits à faible risque et produits utilisables en agriculture biologique. Depuis le 1er juillet 2022, la règle s’applique aussi aux jardins familiaux.

Les flacons devenus interdits se rapportent en déchetterie ou dans un point de collecte temporaire des déchets diffus spécifiques, qui les orientent vers une filière de traitement spécialisée.

Méfiez-vous enfin des recettes « maison » qui circulent en ligne. L’Anses et les centres antipoison alertent sur les mélanges d’eau de Javel et de vinaigre, qui dégagent du chlore gazeux : alors qu’une seule intoxication de ce type avait été enregistrée de 2002 à 2013, les centres antipoison en ont compté 203 entre l’interdiction de 2019 et avril 2023. L’Anses recommande de n’utiliser au jardin que des produits portant la mention EAJ.

Quelques gestes pour moins dépendre des pesticides

  1. Acheter des produits issus de l’agriculture biologique : vous soutenez des pratiques agricoles qui limitent ou excluent les pesticides de synthèse.
  2. Jardiner sans produit : le paillage limite la pousse des herbes indésirables, et l’arrachage à la main ou à la binette se passe de tout produit.
  3. Laisser des zones non tondues : des coins de jardin moins souvent tondus offrent un habitat aux insectes, dont les pollinisateurs.
  4. Planter des espèces locales : adaptées au climat et au sol de la région, elles soutiennent la faune locale.
  5. Favoriser les auxiliaires : haies, tas de bois et coins fleuris attirent les prédateurs naturels des ravageurs, comme les coccinelles, qui mangent les pucerons.

Les pesticides jouent un rôle complexe : ils protègent des récoltes, mais l’état des connaissances sur leurs effets sur la santé et sur la biodiversité invite à en limiter l’usage. Au jardin, la loi a déjà tranché pour les produits de synthèse ; à table, choisir des produits moins dépendants des pesticides reste un levier à la portée de chacun.

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